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Pour un Groupement Européen de l’Intelligence Artificielle.

Les Groupements Européens de Coopération Territoriale (GETC) sont des entités administratives méconnues, qui pourraient bien être la clé du développement de programmes ambitieux en Europe. Créés en 2006, ils ont pour vocation de faciliter la coopération transfrontalière. De part leurs caractères transnationaux et transfrontaliers ce sont aujourd'hui les embryons d'une construction novatrice pour l’Union européenne. Ils captent une partie des Fonds Européens de Développement Économique et Régionale (FEDER).

Pour autant ces administrations restent méconnues du grand public en raison de leurs objets (coopération universitaire et hospitalière, transports maritimes et protections environnementales) et de leurs situations géographiques (zone frontalières entre États membres). A cela il faut ajouter l’ADN technocratique propre à l’Union, qui s’est construite avec la volonté d’échapper aux humeurs de la démocratie, vécues comme un facteur de risques populistes et d’instabilité gouvernementale.

Alors que les Etats de l’Union, la France en tête, oeuvrent à soutenir la recherche dans le secteur de l’intelligence artificielle, nous ne pouvons que nous interroger sur la pertinence de s’enfermer dans une logique nationale. Car l’union des États membres permettrait d’impulser une politique ambitieuse en matière d’intelligence artificielle.

A quand un programme dédié à l’intelligence artificielle doté de fonds suffisants pour insuffler une réelle dynamique européenne?

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L’Union plus que la France a vocation à être un leader dans ce domaine. Penser que la France pourrait s’installer seule à la tête de la locomotive européenne dans le domaine de l’inteligence artificielle, est un leurre que l’histoire se chargera de mettre à jour. Alors que les prochaines élections européennes se profilent, l’Union gagnerait à proposer des projets novateurs sur un sujet qui fait aujourd’hui parti de notre quotidien.

L’Union européenne doit permettre aux États membres de rattraper leur retard dans le domaine de l’intelligence artificielle, au risque d’installer citoyens et acteurs économiques dans une dépendance quasi irréversible à l’égard des GAFA. L’exemple chinois démontre qu’avec des investissements financiers et de la volonté politique, il est possible de peser face aux acteurs historiques du secteur.

Il faut donc que l'intelligence artificielle fasse l’objet d’une politique ambitieuse pour ne pas placer les États européens dans une impasse. Avec d’une part une fuite des cerveaux préférant apporter leurs talents aux projets développés en Asie et aux États-Unis, et d’autre part un émiettement des dynamiques en de multiples projets ne dépassant pas l’orée nationale et ne pouvant par conséquent peser face au couple Sino-Étasuniens.

Les programmes FEDER sont dotés d'un budget de 960 milliards d’euros pour la période 2014-2020, il est dommageable que l’inteligence artificielle n’ait pas fait l’objet d’un plan de financement au niveau européen, piloté par un GECT.

Il n’est pas raisonnable d’attendre 2020 pour établir une feuille de route européenne.

Pour prendre conscience de la possible marginalisation de la France et de l’Union si les États membres ne lancent pas d’initiatives à l’échelle européenne, il est intéressant de regarder ce qui se passe du côté de la Chine.

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L’Etat chinois dispose d’une masse de données sans commune mesures pour une entité publique. Dès lors, la combinaison des fonds alloués au développement de programmes dans le domaine de l'inteligence artificielle, associés à la mise à disposition des données, permet à la Chine d’impulser une dynamique qui pour sur portera ses fruits. A la différence des États-Unis où les données sont détenues en grande partie par les GAFA. Pékin est en train de jouer un coup de poker sans précédent en investissant données et capitaux dans de multiples start-up.

Déjà des acteurs privés chinois tel que Baidu ont établis des centres de recherches en Californie, déjà les start-up chinoises voient arriver des capitaux étrangers en nombres, et déjà les start-up américaines qui représentaient 77% des acteurs dû secteurs en 2017, en représentent désormais 50%, selon le rapport « Artifical Inteligence Trends to Watch In 2018 »

L'UE gagnerait à s'inspirer de cet exemple. Au travers d'un GECT disposant d'une grande masse de données les européens pourraient lancer des projets ambitieux, sans rester coincés dans une logique nationale. Les choses semblent évoluer au niveau européen, ainsi le 10 avril 2018, 25 états européens dont 24 membres de l’Union ont signé une déclaration appelant à renforcer la coopération dans le secteur de l’inteligence artificielle. De même l’Allemagne s’est engagée à créer un centre commun de l’inteligence artificielle avec la France.

Ces annonces sont très insuffisantes, et seule une action concrète comme la mise en place d'un GECT remettrait l'Europe en position de force.